Improvisation libre

 

En ce début d’année, nous avons reçu le trio Danza Cosmos (Avizou / Boubaker / Ghazzal) en résidence, pour une création avec l’électroacousticien Rodolphe Collange. Ces musiciens improvisateurs, en recherche sonore constante, ont souhaité élargir leur terrain de jeu y intégrant un travail sur la perception du public : le concert du 14 février dernier fut spatialisé par six haut-parleurs encerclant le public. L’improvisation libre, appelée aussi musique improvisée, peut être déroutante par sa nature imprévisible, de sorte qu’elle place l’auditeur·trice face à l’inconnu. Émancipée de la tonalité, du rythme et de l’harmonie, elle donne toute sa place au geste, à l’interaction et au monde du sensible. Son appréciation se pose alors dans une appréhension du concert tout à fait singulière : l’expérience du sensible. Cette disposition d’écoute demande à l’auditeur·trice de tendre l’oreille vers le monde sonore sans se référer à la mémoire ou aux attentes musicales, ce à quoi la musique tonale l’a habitué : il·elle est plongé·e dans l’écoute d’une succession de moments, d’événements, qui ne sont plus reliés entre eux par une forme préétablie. L’intérêt n’est pas tellement l’appréciation portée à un agencement de sons, mais plutôt l’expérience que ceux-ci procurent : écouter ses propres réactions au contact du son. Cette disposition d’écoute ne concerne pas spécifiquement les spécialistes, elle est à la portée de tous et toutes et permettra à ceux·celles qui s’y prêtent d’enrichir considérablement leur environnement sonore, ainsi que leur rapport au concert. Créer des espaces propices à l’expérience sonore fait partie intégrante de nos préoccupations artistiques. L’immersion dans l’improvisation libre proposée par le groupe Danza Cosmos permet à l’auditeur·trice d’acquérir peu à peu des clés d’écoute lui permettant d’aborder des répertoires qui lui sont inconnus. Ainsi, la saison à venir sera composée de propositions aventureuses de divers styles musicaux, appelant l’auditeur·trice à être au plus près de ses sensations.

 

Sarah Brault